jeudi 12 février 2015

Grèce : l’Europe entre déception et inquiétude

Grèce : l’Europe entre déception et inquiétude



Le « cas grec » est à nouveau au menu de l’Europe, jeudi 12 février. Après un premier rendez-vous raté, mercredi soir, à l’occasion de la réunion des ministres des finances de la zone euro (Eurogroupe), ce sont les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union qui s’en emparent, à la faveur d’un Conseil européen informel qui débute en soirée



Les Européens espèrent qu’à cette occasion, le premier ministre grec, Alexis Tsipras – pour qui il s’agit du premier « vrai » rendez-vous sur la scène européenne – enverra un signal de bonne volonté. Une rencontre bilatérale pourrait avoir lieu entre M. Tsipras et la chancelière allemande Angela Merkel, un des rares dirigeants européens qu’il n’ait pas encore rencontré, et qui est pourtant incontournable dans la négociation qui s’est engagée entre la Grèce et ses créanciers pour renégocier son énorme dette.



« Je suis sûr que tous ensemble nous pouvons trouver une solution viable pour soigner les blessures causées par l'austérité, a estimé M. Tsipras à son arrivée au sommet européen. Nous sommes à un tournant crucial pour l'Europe. »



Martin Schulz, le président du Parlement européen, qui a déjà rencontré deux fois M. Tsipras, devait, en début de Conseil, appeler les chefs d'Etat et de gouvernement à trouver un accord, dans l'intérêt commun de la zone euro.



La réunion de l’Eurogroupe, qui a été improductive, a, toutefois, laissé des traces dans les esprits, selon plusieurs sources européennes interrogées jeudi. Les Européens apparaissent très déçus de ce rendez-vous raté et commencent à émettre des doutes sur la possibilité d’arriver à quelque chose de suffisamment consistant lundi 16 février, lors d’un nouvel Eurogroupe.



De fait, les ministres des finances de la zone euro ont passé près de six heures à travailler sur le texte d’un accord. Selon plusieurs sources, ce texte avait reçu, à un moment dans la soirée, l’accord des 19 représentants des pays de la zone euro, y compris la partie grecque. Ce texte « était plutôt satisfaisant pour les Grecs, puisqu’il évitait de mentionner la troïka des créanciers [Banque centrale et Commission européennes, Fonds monétaire international], on parlait d'"institutions" », rapporte une source.



Le « draft » mentionnait aussi une extension du deuxième plan d’aide financier à la Grèce, qui s’achève théoriquement le 28 février, mais « en tenant compte des nouveaux projets du gouvernement » grec. Il s’agissait, en l’occurrence, de se donner de la marge pour négocier, dans les jours ou les semaines qui viennent, entre Athènes et le reste de l’eurozone, une liste de réformes à mettre en place en Grèce, tenant compte de la volonté politique de M. Tsipras d’en finir avec l’austérité.



Mais, après un coup de téléphone à Athènes avec M. Tsipras, Yanis Varoufakis, le ministre des finances grec, est revenu sur le contenu du « draft ». « Cette stratégie a détruit beaucoup de bonne volonté de la part des Européens. Ils étaient prêts à signer mercredi soir », souligne une source, inquiète.

Le dialogue n’est pas rompu



Dès lors, c’est la nouvelle réunion de l’Eurogroupe, prévue de longue date lundi 16 février, qui s’annonce décisive : elle est présentée comme le rendez-vous de la dernière chance pour trouver un accord entre Athènes et le reste de l’Eurozone.



Pour formaliser cet accord, il faudra toutefois que les engagements du gouvernement grec soient suffisamment précis. Que celui-ci donne au moins une idée des réformes qu’il pourrait mettre en place, car bon nombre des mesures sur lesquelles le précédent gouvernement grec s’était engagé ne sont toujours pas sur les rails.



Il faudra aussi que, si un accord est trouvé, il soit de susceptible d’être « défendu » par les gouvernements allemand, néerlandais, autrichien, et finlandais qui devront le faire avaliser par leurs parlements respectifs. Cela va demander un gros travail entre techniciens de la troïka des créanciers et les équipes du gouvernement Tsipras. Ces dernières étaient à Bruxelles encore jeudi. Le dialogue n’est pas rompu, selon plusieurs sources. Mais la volonté politique d’un accord rapide est-elle encore là ?








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