Grèce : lancement dun rendez-vous européen sous haute tension
Voilà une réunion qui sannonce très « musclée ». Les dix-neuf ministres des finances de la zone euro (lEurogroupe) sont arrivés à Bruxelles, mercredi 11 février, pour une séance extraordinaire, avec un sujet au menu : la Grèce. Et cest peu dire que cest un sujet qui fâche.
« Ce sera très très dur », confiait au Monde lune des personnes qui a préparé ce rendez-vous. Cela le sera dautant plus que le ton est singulièrement monté ces deniers jours entre les différentes parties. Tout particulièrement, entre le gouvernement grec dAlexis Tsipras et le gouvernement allemand.
Cette réunion de lEurogroupe est-elle à « quitte ou double » ?
A priori non. Le rendez-vous de mercredi, convoqué par le patron de lEurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, na pas vocation à être « décisionnel ». Cest dailleurs ce qua rappelé, à son arrivée à Bruxelles, Christine Lagarde, la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI).
La Commission européenne, qui est à la manuvre avec M. Dijsselbloem, espère quautour de la table Grecs et Européens sentendront au moins sur un cadre de négociation. Il sagit de parvenir à ébaucher un compromis avec le nouveau gouvernement grec sur la renégociation de son énorme dette publique (321 milliards deuros, 175 % du PIB).
Si les choses se déroulent ainsi, cela permettrait au Conseil européen (les 28 chefs dEtat et de gouvernement), de valider politiquement ce cadre, jeudi 12 février à Bruxelles. Lambition étant que lEurogroupe du lundi 16 février débouche sur un accord définitif.
Mais, mercredi, les Allemands ont indiqué quaucune décision concrète sur le dossier grec ne pourra être adoptée lors du Conseil européen de jeudi, car toute proposition économique présentée par Athènes doit être soumise à la troïka de ses bailleurs de fonds (Banque centrale européenne, Fonds monétaire international, Commission européenne).
Pourquoi le calendrier est-il serré ?
Parce que si les différentes parties narrivent pas à sentendre avant le 28 février, lEtat grec va, a priori, droit au défaut de paiement en mars.
« La dette de la Grèce ne peut pas être remboursée dans un avenir proche », a déclaré le ministre grec des finances, Yanis Varoufakis au magazine allemand Stern, dans un entretien paru mercredi.
Regardez également notre décryptage : Six ans de tragédie grecque
La date butoir du 28 février correspond à la fin du deuxième plan daide dont bénéficie la Grèce (130 milliards deuros). Or, il reste encore une dernière tranche denviron 7 milliards deuros à verser.
Mais celle-ci est conditionnée par la troïka à la mise en place de mesures daustérité. Ce que refuse le nouveau gouvernement grec.
Mardi soir, au Parlement, juste avant un vote de confiance des députés, le premier ministre grec, Alexis Tsipras a redit que son pays « ne demandera pas dextension du plan daide. » Et il ne veut plus, non plus, entendre parler de la troïka, dont il dénonce les méthodes et le fonctionnement
Que propose Athènes ?
À en croire la presse grecque, Yanis Varoufakis a fait des propositions à Bruxelles en vue dun compromis. Mardi, la Commission européenne a toutefois démenti avoir reçu un quelconque plan.
Parmi les mesures avancées par Athènes figure le souhait dafficher un excédent primaire (hors charge de la dette) pour le budget de lEtat de seulement 1,5 % du PIB au lieu des 3 % demandés par la troïka pour 2015. Cela dégagerait une marge de manuvre financière.
Sy ajoute une demande dune période de « transition » de quatre à six mois, le temps de négocier le nouveau « contrat » européen.
Pour financer lEtat grec pendant cette phase de transition, M. Varoufakis suggère quAthènes puisse puiser à deux sources : dune part dans la cagnotte des bénéfices réalisés par les banques centrales nationales européennes suite aux achats dobligations grecques (1,9 milliard deuros) ; dautre part dans les sommes réservées pour la recapitalisation des banques grecques en cas de besoin (environ 8 milliards deuros).
Enfin, les Grecs veulent faire intervenir lOCDE dans la troïka : « une commission de coopération sera mise en place pour élaborer un accord sur des réformes qui vont relancer la croissance », a indiqué M. Tsipras, à l'issue d'une rencontre, mercredi, avec le secrétaire général de l'OCDE, Angel Gurria.
« On est ici pour travailler avec et pour la Grèce, on n'est pas ici pour dire à la Grèce ce qu'elle doit faire, mais pour lui donner des outils déjà utilisés par d'autres gouvernements pour résoudre les mêmes problèmes », a souligné M. Gurria.
Les réformes viseraient surtout la lutte contre la corruption, l'évasion fiscale et le clientélisme.
Lundi, devant le Parlement, M. Varoufakis a aussi assuré quil était prêt à approuver 70 % des réformes encore exigées par la troïka. Ce qui a été perçu comme un signal douverture par les Européens.
Que sont prêts à accepter les Européens ?
« Nous ne négocierons pas de nouveau programme pour la Grèce mercredi lors de la réunion de lEurogroupe », a prévenu, mardi soir, le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble.
Il apparaît néanmoins que les pays européens ne sont pas fondamentalement opposés à discuter avec Athènes dun nouveau « contrat », un réaménagement de la dette grecque.
Mais ils ne veulent pas avancer les quelques milliards dont M. Tsipras a besoin pour les quatre à six mois qui viennent, sans engagement ferme des Grecs à mettre en uvre des réformes respectant leurs équilibres budgétaires.
Les Allemands ne sont toutefois pas les seuls à avoir des réticences : Espagnols, Portugais, Slovènes et Lettons aussi, qui ont accepté le traitement de choc de la troïka ou des cures daustérité et voient dun mauvais il que lon fasse une exception pour la Grèce.
« Si tout le monde se comporte de manière rationnelle » aime t-on à répéter ces derniers jours à Bruxelles, un compromis pourrait être possible. En attendant, au moins 15 000 manifestants étaient rassemblés mercredi soir à Athènes pour exprimer leur soutien au gouvernement Tsipras.
Voilà une réunion qui sannonce très « musclée ». Les dix-neuf ministres des finances de la zone euro (lEurogroupe) sont arrivés à Bruxelles, mercredi 11 février, pour une séance extraordinaire, avec un sujet au menu : la Grèce. Et cest peu dire que cest un sujet qui fâche.
« Ce sera très très dur », confiait au Monde lune des personnes qui a préparé ce rendez-vous. Cela le sera dautant plus que le ton est singulièrement monté ces deniers jours entre les différentes parties. Tout particulièrement, entre le gouvernement grec dAlexis Tsipras et le gouvernement allemand.
Cette réunion de lEurogroupe est-elle à « quitte ou double » ?
A priori non. Le rendez-vous de mercredi, convoqué par le patron de lEurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, na pas vocation à être « décisionnel ». Cest dailleurs ce qua rappelé, à son arrivée à Bruxelles, Christine Lagarde, la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI).
La Commission européenne, qui est à la manuvre avec M. Dijsselbloem, espère quautour de la table Grecs et Européens sentendront au moins sur un cadre de négociation. Il sagit de parvenir à ébaucher un compromis avec le nouveau gouvernement grec sur la renégociation de son énorme dette publique (321 milliards deuros, 175 % du PIB).
Si les choses se déroulent ainsi, cela permettrait au Conseil européen (les 28 chefs dEtat et de gouvernement), de valider politiquement ce cadre, jeudi 12 février à Bruxelles. Lambition étant que lEurogroupe du lundi 16 février débouche sur un accord définitif.
Mais, mercredi, les Allemands ont indiqué quaucune décision concrète sur le dossier grec ne pourra être adoptée lors du Conseil européen de jeudi, car toute proposition économique présentée par Athènes doit être soumise à la troïka de ses bailleurs de fonds (Banque centrale européenne, Fonds monétaire international, Commission européenne).
Pourquoi le calendrier est-il serré ?
Parce que si les différentes parties narrivent pas à sentendre avant le 28 février, lEtat grec va, a priori, droit au défaut de paiement en mars.
« La dette de la Grèce ne peut pas être remboursée dans un avenir proche », a déclaré le ministre grec des finances, Yanis Varoufakis au magazine allemand Stern, dans un entretien paru mercredi.
Regardez également notre décryptage : Six ans de tragédie grecque
La date butoir du 28 février correspond à la fin du deuxième plan daide dont bénéficie la Grèce (130 milliards deuros). Or, il reste encore une dernière tranche denviron 7 milliards deuros à verser.
Mais celle-ci est conditionnée par la troïka à la mise en place de mesures daustérité. Ce que refuse le nouveau gouvernement grec.
Mardi soir, au Parlement, juste avant un vote de confiance des députés, le premier ministre grec, Alexis Tsipras a redit que son pays « ne demandera pas dextension du plan daide. » Et il ne veut plus, non plus, entendre parler de la troïka, dont il dénonce les méthodes et le fonctionnement
Que propose Athènes ?
À en croire la presse grecque, Yanis Varoufakis a fait des propositions à Bruxelles en vue dun compromis. Mardi, la Commission européenne a toutefois démenti avoir reçu un quelconque plan.
Parmi les mesures avancées par Athènes figure le souhait dafficher un excédent primaire (hors charge de la dette) pour le budget de lEtat de seulement 1,5 % du PIB au lieu des 3 % demandés par la troïka pour 2015. Cela dégagerait une marge de manuvre financière.
Sy ajoute une demande dune période de « transition » de quatre à six mois, le temps de négocier le nouveau « contrat » européen.
Pour financer lEtat grec pendant cette phase de transition, M. Varoufakis suggère quAthènes puisse puiser à deux sources : dune part dans la cagnotte des bénéfices réalisés par les banques centrales nationales européennes suite aux achats dobligations grecques (1,9 milliard deuros) ; dautre part dans les sommes réservées pour la recapitalisation des banques grecques en cas de besoin (environ 8 milliards deuros).
Enfin, les Grecs veulent faire intervenir lOCDE dans la troïka : « une commission de coopération sera mise en place pour élaborer un accord sur des réformes qui vont relancer la croissance », a indiqué M. Tsipras, à l'issue d'une rencontre, mercredi, avec le secrétaire général de l'OCDE, Angel Gurria.
« On est ici pour travailler avec et pour la Grèce, on n'est pas ici pour dire à la Grèce ce qu'elle doit faire, mais pour lui donner des outils déjà utilisés par d'autres gouvernements pour résoudre les mêmes problèmes », a souligné M. Gurria.
Les réformes viseraient surtout la lutte contre la corruption, l'évasion fiscale et le clientélisme.
Lundi, devant le Parlement, M. Varoufakis a aussi assuré quil était prêt à approuver 70 % des réformes encore exigées par la troïka. Ce qui a été perçu comme un signal douverture par les Européens.
Que sont prêts à accepter les Européens ?
« Nous ne négocierons pas de nouveau programme pour la Grèce mercredi lors de la réunion de lEurogroupe », a prévenu, mardi soir, le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble.
Il apparaît néanmoins que les pays européens ne sont pas fondamentalement opposés à discuter avec Athènes dun nouveau « contrat », un réaménagement de la dette grecque.
Mais ils ne veulent pas avancer les quelques milliards dont M. Tsipras a besoin pour les quatre à six mois qui viennent, sans engagement ferme des Grecs à mettre en uvre des réformes respectant leurs équilibres budgétaires.
Les Allemands ne sont toutefois pas les seuls à avoir des réticences : Espagnols, Portugais, Slovènes et Lettons aussi, qui ont accepté le traitement de choc de la troïka ou des cures daustérité et voient dun mauvais il que lon fasse une exception pour la Grèce.
« Si tout le monde se comporte de manière rationnelle » aime t-on à répéter ces derniers jours à Bruxelles, un compromis pourrait être possible. En attendant, au moins 15 000 manifestants étaient rassemblés mercredi soir à Athènes pour exprimer leur soutien au gouvernement Tsipras.
Grèce : lancement dun rendez-vous européen sous haute tension
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