mardi 17 mars 2015

Basket : les Etats-Unis en proie à la « folie de mars »

Basket : les Etats-Unis en proie à la « folie de mars »



L’économie américaine devrait connaître un très léger fléchissement au cours des prochaines semaines, en raison de la crise de folie qui s’apprête à toucher les Etats-Unis. La « folie de mars » – March Madness, dans la langue de Michael Jordan – désigne la frénésie dans laquelle plonge le pays lors du tournoi final du championnat universitaire de basket-ball (NCAA, pour National Collegiate Athletic Association), qui s’étale, cette saison, du mardi 17 mars au lundi 6 avril. Chaque année, curieusement, la période voit la courbe des arrêts maladie grimper, et celle de la productivité décliner.



L’an passé, une étude du cabinet américain Challenger, Gray & Christmas avait estimé à 1,2 milliard de dollars (1,13 milliard d’euros) le coût pour les entreprises de chaque heure passée par les employés, lors de la première semaine de la March Madness, à deviser sur le tournoi devant la machine à café, à regarder les matchs sur leur ordinateur et, avant ça, à remplir religieusement leur bracket.



« Bracket » ? Il s’agit du tableau du tournoi, regroupant les 64 équipes – sur plus de 350 à travers le pays – ayant obtenu le droit d’y participer. On estime que 50 millions d’Américains – parmi lesquels Barack Obama, féru de basket – y vont de leurs pronostics, du premier tour à la finale, en se fiant à leur intuition ou aux conseils des spécialistes de ce qui est devenu une science : la « bracketologie ».

Image de pureté



Une science encore inexacte : les chances de deviner l’issue de chacun des 63 matchs du tableau final se situent, selon différents modes de calcul que l’on vous épargne, entre 1 sur 128 milliards et 1 sur 147 milliards de milliards. Warren Buffett n’avait donc pas pris trop de risques en promettant, l’an passé, d’offrir 1 milliard de dollars (sur les 72 milliards qu’il possède) à l’auteur d’un bracket parfait.



Le caractère aléatoire du tournoi universitaire fait son charme et son succès : alors que les playoffs de NBA, avec leurs séries en quatre matchs gagnants, protègent les grosses équipes, la March Madness, avec ses matchs à élimination directe, offre parfois, comme notre Coupe de France de football, de mémorables odyssées aux Petits Poucets.



Autres raisons du succès : l’attachement viscéral des Américains à leur université, l’attrait pour le jeu spectaculaire pratiqué par ces basketteurs encore jeunes (18 à 22 ans) et fougueux, et l’image de pureté liée au montant du salaire pour lequel ils jouent : 0 dollar – leurs frais de scolarité et d’hébergement sont tout de même pris en charge par l’université.



L’amour du maillot et la beauté du sport sont au cœur de cette antichambre de la ligue professionnelle qui n’a pas, pour autant, tourné le dos à l’argent, bien au contraire. Certains entraîneurs sont des vedettes – Mike Krzyzewski, coach de l’équipe universitaire de Duke, perçoit 7 millions de dollars par an –, et les droits de diffusion de la March Madness se négocient à des prix stratosphériques : CBS et Turner Broadcasting ont déboursé près de 10,8 milliards de dollars pour diffuser le tournoi entre 2011 et 2024. Soit 771 millions par an, pour moins d’un mois de basket universitaire ! Plus que les télévisions françaises pour diffuser toute une saison de Ligue 1 (607 millions d’euros par an, jusqu’en 2016).



Il faut dire que les audiences sont à la hauteur : 21 millions de téléspectateurs ont assisté au sacre des étudiants de l’université du Connecticut contre ceux de l’université du Kentucky l’an passé. Ils n’étaient que 18 millions devant le dernier match de la finale NBA.








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