« Que lUkraine brûle ! » : à Moscou, dans la manifestation anti-Maïdan et pro-Poutine
Le premier anniversaire de la chute du président ukrainien Viktor Ianoukovitch, à Kiev, a été célébré par un défilé « anti-Maïdan » à Moscou. Samedi 21 février, plusieurs milliers de personnes, 35 000 selon la police, se sont rassemblées par groupes, sous une flopée de drapeaux différents mais un seul slogan : « On noublie pas, on ne pardonne pas ».
Fonctionnaires, étudiants, officiers des services de sécurité, secouristes, mères de famille, motards et vétérans de la guerre dAfghanistan ont défilé dans la capitale pour dénoncer « le chaos » en Ukraine dont ils imputent, à limage du pouvoir russe, la responsabilité à lOccident. Toques sur la tête et tuniques des grands jours, les cosaques étaient représentés en force.
« Madame », dit poliment un vieil homme en dépliant un drapeau de lécole militaire de Donetsk, dans lest de lUkraine où il fit autrefois sa formation militaire, « vous, les Français, à lOuest, avec lhomosexualité et tout ça, vous viendrez un jour chez nous pour dire : venez nous sauver ». Il est aussi convaincu que la femme qui distribue des tracts tout à côté. Sur le bout de papier imprimé, limage du président américain, Barack Obama, apparaît sous le titre : « lOuest essaie de faire tomber le régime de Poutine et détrangler la Russie ». La femme fuit les questions, puis revient. « Nous sommes contre les révolutions, on a vu tout ça en 1917, et Maïdan, cest encore une révolution ! » Ici, on soutient Vladimir Poutine, sans discuter.
« Aujourdhui Maïdan, demain le chaos »
Le cortège était très organisé. Chaque groupe, répondant souvent à lappel des syndicats qui ont mobilisé pour cette manifestation, défile sous ses couleurs sans se mélanger. Sur le trajet qui sest achevé devant une grande scène montée sur la place Rouge, des écrans géants entretenaient la motivation en diffusant des chansons patriotiques. Dans la foule, des jeunes, très nombreux au demeurant, sautillent sur place. Quelquun crie « la cinquième colonne ne passera pas », et tout le monde reprend. Frissonnant sous la brise glaciale, une jeune fille tient une pancarte « Aujourdhui Maïdan, demain le chaos ». « Les jeunes ne sont pas indifférents à ce qui se passe », justifie un étudiant en géographie. Est-il venu tout seul ? « Pas du tout, cest notre syndicat qui nous a dit de venir », répond-il. Des bus ont été tout spécialement affrétés.
Fascisme, le mot est partout, partagé sur toutes les pancartes et scandé par toutes les gorges. Maïdan, pour ces manifestants, cest le fascisme. Il a parfois aussi un visage, celui du président Obama barré dune moustache hitlérienne. Petro Porochenko, le chef de lEtat ukrainien, a les traits dun cochon, la chancelière allemande, Angela Merkel, dune vieille clown triste. François Hollande est absent. « Ce que jen pense des accords de Minsk ? », la question fait sursauter Andrei, 24 ans, habillé en tenue militaire avec lécusson de Louhansk bien visible sur lépaule. Il lâche un juron. Originaire de Slavianks, une ville de la région de Donetsk encore sous le contrôle de Kiev, le jeune homme de 24 ans qui se dit ukrainien, et qui a combattu six mois dans le Donbass aux côtés des séparatistes prorusses, se promet dy retourner. Quelle issue entrevoit-il pour son pays ? « Que lUkraine brûle ! » éructe-t-il.
En seconde position, le mot patriotisme est sans doute aussi le plus répandu. On lui accole le ruban noir et orange de Saint-Georges, symbole de la victoire sur le nazisme de la seconde guerre mondiale, devenu, désormais, le signe du soutien aux séparatistes prorusses du Donbass. On lui ajoute des chants de guerre, célèbres dans les années 1940. On laffiche partout.
« La Crimée a été sauvée ! »
Mais voici bientôt la grande scène dressée sur la place Rouge, et il faut jouer des coudes. Face à la foule, chanteurs, animateurs et mères du Donbass en larmes se succèdent. Lécrivain Nikolaï Starikov, grand admirateur de Staline et coprésident du mouvement anti-Maïdan, ne quitte pas la scène. Il lance à « ceux qui cherchent à bousculer la Russie » : « Nous ne permettrons pas un développement selon le scénario ukrainien. Ne cherchez même pas à tenter de le faire ! » Puis il passe au registre enthousiaste : « la Crimée est revenue ! La Crimée a été sauvée ! ».
Un autre orateur, représentant les travailleurs dune des plus grandes usines de lOural, qui fabrique des wagons et des chars, très engagée dans la dernière campagne présidentielle du président Poutine, lassure : « lopposition [en Russie] ne pèse rien ». Un autre co-organisateur des anti-Maïdan surgit à la fin, Alexandre Zaldostanov, cheveux longs attachés et tout de noir vêtu, entouré dhommes grimés façon Mad Max. Cest le patron des « Loups de Russie », un club de motards à la mode hells angels, un proche de Poutine surnommé le « Chirurgien », qui sétait rendu à la tête dun convoi en Crimée peu de temps avant son annexion officielle par la Russie. Il exhorte la foule : « En ce moment, quand tous les ennemis de la Russie se mobilisent, je vous appelle à vous réunir autour du président de la Russie, comme nous lavons fait au moment décisif, à Sébastopol en Crimée ».
Le premier anniversaire de la chute du président ukrainien Viktor Ianoukovitch, à Kiev, a été célébré par un défilé « anti-Maïdan » à Moscou. Samedi 21 février, plusieurs milliers de personnes, 35 000 selon la police, se sont rassemblées par groupes, sous une flopée de drapeaux différents mais un seul slogan : « On noublie pas, on ne pardonne pas ».
Fonctionnaires, étudiants, officiers des services de sécurité, secouristes, mères de famille, motards et vétérans de la guerre dAfghanistan ont défilé dans la capitale pour dénoncer « le chaos » en Ukraine dont ils imputent, à limage du pouvoir russe, la responsabilité à lOccident. Toques sur la tête et tuniques des grands jours, les cosaques étaient représentés en force.
« Madame », dit poliment un vieil homme en dépliant un drapeau de lécole militaire de Donetsk, dans lest de lUkraine où il fit autrefois sa formation militaire, « vous, les Français, à lOuest, avec lhomosexualité et tout ça, vous viendrez un jour chez nous pour dire : venez nous sauver ». Il est aussi convaincu que la femme qui distribue des tracts tout à côté. Sur le bout de papier imprimé, limage du président américain, Barack Obama, apparaît sous le titre : « lOuest essaie de faire tomber le régime de Poutine et détrangler la Russie ». La femme fuit les questions, puis revient. « Nous sommes contre les révolutions, on a vu tout ça en 1917, et Maïdan, cest encore une révolution ! » Ici, on soutient Vladimir Poutine, sans discuter.
« Aujourdhui Maïdan, demain le chaos »
Le cortège était très organisé. Chaque groupe, répondant souvent à lappel des syndicats qui ont mobilisé pour cette manifestation, défile sous ses couleurs sans se mélanger. Sur le trajet qui sest achevé devant une grande scène montée sur la place Rouge, des écrans géants entretenaient la motivation en diffusant des chansons patriotiques. Dans la foule, des jeunes, très nombreux au demeurant, sautillent sur place. Quelquun crie « la cinquième colonne ne passera pas », et tout le monde reprend. Frissonnant sous la brise glaciale, une jeune fille tient une pancarte « Aujourdhui Maïdan, demain le chaos ». « Les jeunes ne sont pas indifférents à ce qui se passe », justifie un étudiant en géographie. Est-il venu tout seul ? « Pas du tout, cest notre syndicat qui nous a dit de venir », répond-il. Des bus ont été tout spécialement affrétés.
Fascisme, le mot est partout, partagé sur toutes les pancartes et scandé par toutes les gorges. Maïdan, pour ces manifestants, cest le fascisme. Il a parfois aussi un visage, celui du président Obama barré dune moustache hitlérienne. Petro Porochenko, le chef de lEtat ukrainien, a les traits dun cochon, la chancelière allemande, Angela Merkel, dune vieille clown triste. François Hollande est absent. « Ce que jen pense des accords de Minsk ? », la question fait sursauter Andrei, 24 ans, habillé en tenue militaire avec lécusson de Louhansk bien visible sur lépaule. Il lâche un juron. Originaire de Slavianks, une ville de la région de Donetsk encore sous le contrôle de Kiev, le jeune homme de 24 ans qui se dit ukrainien, et qui a combattu six mois dans le Donbass aux côtés des séparatistes prorusses, se promet dy retourner. Quelle issue entrevoit-il pour son pays ? « Que lUkraine brûle ! » éructe-t-il.
En seconde position, le mot patriotisme est sans doute aussi le plus répandu. On lui accole le ruban noir et orange de Saint-Georges, symbole de la victoire sur le nazisme de la seconde guerre mondiale, devenu, désormais, le signe du soutien aux séparatistes prorusses du Donbass. On lui ajoute des chants de guerre, célèbres dans les années 1940. On laffiche partout.
« La Crimée a été sauvée ! »
Mais voici bientôt la grande scène dressée sur la place Rouge, et il faut jouer des coudes. Face à la foule, chanteurs, animateurs et mères du Donbass en larmes se succèdent. Lécrivain Nikolaï Starikov, grand admirateur de Staline et coprésident du mouvement anti-Maïdan, ne quitte pas la scène. Il lance à « ceux qui cherchent à bousculer la Russie » : « Nous ne permettrons pas un développement selon le scénario ukrainien. Ne cherchez même pas à tenter de le faire ! » Puis il passe au registre enthousiaste : « la Crimée est revenue ! La Crimée a été sauvée ! ».
Un autre orateur, représentant les travailleurs dune des plus grandes usines de lOural, qui fabrique des wagons et des chars, très engagée dans la dernière campagne présidentielle du président Poutine, lassure : « lopposition [en Russie] ne pèse rien ». Un autre co-organisateur des anti-Maïdan surgit à la fin, Alexandre Zaldostanov, cheveux longs attachés et tout de noir vêtu, entouré dhommes grimés façon Mad Max. Cest le patron des « Loups de Russie », un club de motards à la mode hells angels, un proche de Poutine surnommé le « Chirurgien », qui sétait rendu à la tête dun convoi en Crimée peu de temps avant son annexion officielle par la Russie. Il exhorte la foule : « En ce moment, quand tous les ennemis de la Russie se mobilisent, je vous appelle à vous réunir autour du président de la Russie, comme nous lavons fait au moment décisif, à Sébastopol en Crimée ».
« Que lUkraine brûle ! » : à Moscou, dans la manifestation anti-Maïdan et pro-Poutine
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