mercredi 11 février 2015

Les clubs ibères accros à la « TPO »

Les clubs ibères accros à la « TPO »



On reproche souvent aux clubs français de ne pas "jouer à fond" la Ligue Europa. Depuis quelques années en effet, leurs performances sont médiocres, à l'inverse de celles des clubs espagnols ou portugais. Ainsi, si l'on compile les quarts de finale, demi finales et finales de la Ligue Europa depuis 2009/2010, on constate que les clubs les plus performants ont été Benfica, Valence CF, l'Atletico Madrid, Porto, FC Seville et Chelsea. A l'exception du météore londonien (qui participe habituellement à la Ligue des Champions et non à la Ligue Europa), tous ces clubs ont en commun de recourir à la Third Party Ownership (Propriété en Tierce Partie) ou TPO, interdite en France (et en Angleterre). Comment ne pas s'interroger sur le déséquilibre que la possibilité -ou non- de recourir à ce dispositif entraîne ? La réalité est complexe : certes la TPO offre un avantage indiscutable aux clubs ibèriques, mais c'est aussi en raison de leur endettement massif que ces clubs y recourent. Bref, la TPO crée un avantage déloyal, mais le recours à la TPO est d'autant plus souhaité par les clubs que ceux-ci sont en situation désespérée...

Une collection de clubs au bord de la faillite



Dans la péninsule ibérique, on trouve deux locomotives (le Real et le Barca), très endettées mais capables de gagner durablement plus d'argent qu'elles n'en dépensent. En plus de ces deux têtes de gondole, on trouve une collection de clubs au bord de la faillite. Que ce soient l'Atletico Madrid (539 millions d'euros de dettes), Benfica (449 millions), le Sporting (442 millions), le FC Valence (275 millions), le FC Porto (209 millions) ou le FC Séville (101 millions)..., les clubs ibériques sont dans le rouge et la perspective d'engranger des flux de recettes futures suffisants pour couvrir leurs dépenses actuelles et passées est fort hypothétique. Seule la fuite en avant semble une "solution" : engager de meilleurs talents (grâce à la TPO) et gagner des titres pour espérer grignoter une meilleure part des droits TV. Parfois la dépense folle permet d'obtenir un sursis et d'espérer : ainsi l'Atletico Madrid a-t-il gagné la liga en 2014, bousculant le duopole aux 54 titres (qui n'avait pas trébuché depuis 10 ans). Mais c'est surtout la participation à la ligue des champions, ou à défaut, un bon parcours en Ligue Europa, qui permet aux éternels seconds de renflouer temporairement leurs caisses.

Une concurrence déloyale en Ligue Europa



En schématisant, la TPO est le dispositif qui a permis aux clubs espagnols et portugais, ces dernières années, d'acheter pour 4 millions d'euros des joueurs qui en valent 12. Le joueur est alors co-détenu par un ou plusieurs fonds d'investissement (par exemple le fonds Doyen Sports). Au terme de la période de financement, le club doit rembourser le fonds d'investissement (en ajoutant des intérêts). Quand tout se passe "bien", la valeur du joueur a augmenté et le club peut obtenir une part de la plus-value à la revente du joueur. Ce fut le cas lors de la revente de Radamel Falcao par l'Atletico Madrid à l'AS Monaco en 2013. Ce fut aussi le cas lors de la revente du français Eliaquim Mangala par le FC Porto à Manchester City en 2014. Les fonds propriétaires de "parts" de joueurs gagnent de l'argent par les intérêts et la revente des joueurs. En outre, ils ont l'opportunité de se domicilier dans des paradis fiscaux contrairement aux clubs, attachés à un territoire. Il convient donc, pour ces investisseurs de miser sur des jeunes (ou de très jeunes) joueurs talentueux. Avec un portefeuille suffisamment étoffé de jeunes joueurs prometteurs -le risque étant diversifié-, avec une fiscalité avantageuse, la TPO est un business lucratif. Et pour les clubs aussi, la TPO peut donner le sentiment d'être un dispositif avantageux : tant qu'il y a des perspectives de revente des joueurs à un prix supérieur, le club peut s'offrir les services de talents qu'il n'aurait pas pu se payer dans le système traditionnel (engendrant au passage une concurrence déloyale en Ligue Europa...). Au delà des espoirs de victoires dans une compétition continentale, la possibilité de recourir à la TPO est donc une exigence vitale pour les clubs espagnols et portugais. On comprend ainsi mieux la plainte déposée le 9 février 2015 par les ligues espagnoles et portugaises contre la FIFA au prétexte que celle-ci veut mettre en application son interdiction de la TPO en mai 2015 (ce qu'elle a annoncé le 19 décembre 2014).

Acheter le joueur à 14 ans et le revendre à 23



Le système est néanmoins fragile. Certes, l'inflation continue des droits TV dans la Premier League anglaise et la présence de mécènes prêts à perdre beaucoup d'argent conduit à ce qu'un défenseur tel qu'Eliaquim Mangala puisse être acheté au prix exorbitant de 53,8 millions d'euros. A la fois pour le fonds (Doyen Sports) et pour le club vendeur (FC Porto), l'opération de TPO aura été une bonne affaire. Mais si le joueur se blesse gravement ou voit ses performances décliner, et/ou si le prix des transactions baisse, le tandem fonds d'investissement-club peut sérieusement y perdre des plumes. Plus grave encore sont les dérives auxquels le système conduit. Un fonds qui pratique la TPO est donc, par essence, à l'affut de joueurs de 14 ans qu'il sera optimal de revendre à 23 ans pour la "bascule" principale. Les jeunes joueurs sont alors de simples marchandises qu'il faut monnayer auprès de parents (ou déjà d'agents) très désireux de décrocher eux-mêmes le pactole. En outre se profile la possibilité qu'un fonds détienne des parts conséquentes de la majorité des joueurs d'une équipe (ce qui est un problème pour le club qui les emploie qui pourrait être dépossédé, de fait, de la propriété de l'équipe) ou qu'un fonds, pour augmenter l'exposition d'un joueur que l'on souhaite vendre à très bon prix, demande à "ses" joueurs évoluant dans une équipe adverse de lever le pied ( ce qui fausse les compétitions).

Espagnols et portugais vent debout contre l'interdiction de la TPO



La lutte contre la TPO est une des priorités de Michel Platini, le président de l'UEFA. Il semble avoir réussi à convaincre la FIFA que ce système est extrêmement malsain et menace le déroulement régulier des compétitions. Les clubs espagnols (à l'exception des 2 ogres) et portugais s'effraient à la perspective d'une prohibition de ce dispositif : ces derniers ne pourraient plus recruter d'aussi bons talents et retrouveraient le régime commun des équipes du second cercle (le premier cercle étant celui des clubs qui participent tous les ans ou presque aux huitièmes de finale de la Ligue des Champions) ou du troisième cercle. La baisse des recettes que ce déclassement engendrerait pourrait les conduire vers une faillite qui rappellerait celle des Glasgow Rangers... La lutte entre les partisans et les adversaires de la TPO promet d'être rude.










Les clubs ibères accros à la « TPO »

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