François Pervis persiste
Il aura fallu un triplé inédit en individuel, lors des championnats du monde 2014 de cyclisme sur piste de Cali (Colombie), pour que François Pervis goûte enfin à la lumière. Les projecteurs sont désormais braqués sur lui.
Dans lenceinte du nouveau Vélodrome national de Saint-Quentin-en-Yvelines, le discret champion na pas déçu en conservant, jeudi 19 février, le premier de ses trois titres mondiaux dans lépreuve du keirin. « Je me suis dit : Tu es lhomme le plus rapide du monde. Tu ne crains personne », a réagi François Pervis au sortir de sa finale remportée face au Néo-Zélandais Edward Dawkins. Et de poursuivre : « Je savoure, mes Mondiaux [qui se déroulent jusquau dimanche 22 février] sont déjà réussis. Gagner le titre en France, ça narrive quune fois dans la vie. »
Le pistard français a récidivé, vendredi 20 février, en enlevant pour la troisième fois le titre du kilomètre dans les championnats du monde de cyclisme sur piste
A 30 ans, malgré huit médailles dargent et de bronze et une médaille dor en 2013, il aura donc fallu au Mayennais un exploit jamais accompli jusqualors pour sortir de lanonymat. Remporter lors de la même compétition (en 2014) les épreuves du kilomètre, de keirin et de la vitesse individuelle.
« Même les multiples médaillés olympiques et mondiaux Florian Rousseau et Chris Hoy ne lont pas fait. Seul Arnaud Tournant avait remporté trois titres à Anvers en 2001, mais en comptant la vitesse par équipes », souligne lancien champion du monde Laurent Gané, aujourdhui entraîneur de léquipe de France de vitesse. Pour Vincent Jacquet, directeur technique national (DTN), 2014 était bien lannée François Pervis : « Cest un vrai bosseur. Il est explosif et puissant. On ne lentend pas beaucoup, mais quand il parle ses paroles portent. Cest important que le grand public lait découvert grâce à ce triplé mondial. »
Face à lomniprésence du cyclisme sur route et de sa célèbre vitrine, le Tour de France, la piste est une discipline qui noffre de véritable reconnaissance quà travers ce genre dexploit. Dans ce sport peu médiatisé, François Pervis sait bien quune légende se bâtit patiemment et uniquement à coups de victoires. « On sera toujours derrière la route en termes de médiatisation. Cest à nous dintéresser les médias à la piste », admet François Pervis, détenteur depuis décembre 2013 des records du monde du 200 m (9 s 347) lancé et du kilomètre (56 s 303).
Mais cette lucidité nempêche pas les coups de gueule. En 2014, cest le routier Jean-Christophe Péraud, « seulement » deuxième du Tour de France, qui a reçu la récompense du Vélo dor français remise par un jury de journalistes spécialisés. Malgré son triplé, François Pervis nest que troisième du classement : « Tu rentres trois fois dans lhistoire de ton sport et tu nes pas reconnu à ta juste valeur. Cest triste, mais nous, les pistards, nous sommes habitués à cela. »
Il faut dire que les écueils nont pas manqué dans la carrière de la nouvelle star de léquipe de France. En 2011, Le Monde donnait la parole à celui qui pointait à Pôle emploi après avoir pourtant décroché une énième médaille lors des Mondiaux organisés aux Pays-Bas. Léquipe de cyclisme Cofidis venait juste de supprimer sa section piste, faisant de la France le seul pays de tradition du cyclisme sur piste à ne plus posséder déquipe professionnelle. « Avec lescrime, nous sommes le sport qui ramène le plus de médailles. Je trouve ce manque de médiatisation aberrant », regrettait déjà François Pervis.
Lannée daprès, une nouvelle désillusion laccable lorsquil apprend quil nest pas retenu pour participer aux Jeux olympiques de Londres. « Cela ma fait beaucoup de mal. Jai dû me remettre en cause. Jai pensé à ma mère, qui est à lusine depuis trente-cinq ans en étant payée au smic, et jai pris conscience de ma chance de faire du sport et de voyager », raconte-t-il.
Dès lors, grâce à un gros travail psychologique et de gestion du stress, le sportif torturé entame sa mue. « Jai eu des problèmes physiques mais je me mettais trop de barrières, de limites. La chose la plus dure en sport est davoir confiance en soi », juge le désormais quintuple champion du monde. Pour cela, il fait appel à un préparateur mental, Denis Troch, et à un chercheur en psychologie dont il tient à préserver lanonymat. « Avec le premier, je travaille sur moi et les rapports à mon sport. Avec le deuxième, cela porte sur la course, ce que je dois penser ou pas », confie-t-il.
« Un sportif meurtri »
Le spécialiste de la préparation mentale Denis Troch raconte cette collaboration : « Après la déception de Londres, jai rencontré un homme et un sportif meurtri qui voulait mieux se connaître afin daborder plus sereinement les compétitions à venir. Avec François, le travail a consisté à éviter quil se compare aux autres, à faire en sorte quil se recentre sur lui-même et sur ses capacités hors norme. »
Et lancien entraîneur de football il a notamment été ladjoint dArtur Jorge au PSG livre un épisode éclairant qui sest déroulé en Colombie, avant que François Pervis ne parvienne à réaliser son triplé inédit : « Après avoir remporté deux médailles dor en 48 heures, il mappelle, me dit quil est fatigué, que personne na jamais réussi à décrocher trois fois lor en individuel, que cest impossible. Pour le faire réagir, je lui dis : Très bien, soit tu rentres à la maison, soit tu oublies notre travail. Et si tu réussis cet exploit, tu sauras que tu ne le dois quà toi. »
Libéré, François Pervis nhésite pas à achever sa mutation avec des séjours estivaux au Japon, la Mecque du keirin. Cette discipline inventée en 1948 par les Japonais emballe les foules et génère toute une économie grâce aux nombreux paris. « Jai appliqué au Japon ce que jai appris. Jai tout relativisé. Jai testé des choses et jai par exemple complètement changé mon protocole déchauffement », dit François Pervis.
Au Japon, le cycliste étranger doit se débrouiller seul, et ce malgré les rudes conditions dentraînement (pistes plus longues, vélo en acier, vélodromes exposés au vent) et la barrière de la langue. Cette expérience renforce sa récente confiance en lui. « Quand tu te débrouilles par tes propres moyens, cela te rend meilleur. Lorsque je reviens ici, sur une piste couverte et chauffée, avec mon vélo en carbone, jai limpression de voler ! Sans le Japon, il ny aurait pas de François Pervis », lance même, reconnaissant, le champion, qui a remporté 62 des 100 sprints auxquels il a participé au Japon.
Objectif Rio en 2016
Sur la piste aux normes olympiques du vélodrome national, centre dentraînement de léquipe de France et siège de la Fédération française de cyclisme, François Pervis était forcément attendu. Malgré une lourde chute le 17 janvier lors de lépreuve de Coupe du monde de Cali et une fin dannée 2014 perturbée par une succession de soucis médicaux (rhume, bronchite, et une infection due à un poil incarné), il assume pour le moment, sans coup férir son nouveau statut.
Satisfait de la cicatrisation de sa blessure, débarrassé de toute pression, le Français se montrait optimiste à trois semaines du début des Mondiaux en France, pensant pouvoir viser « sans soucis le podium ». Celui qui a enfin trouvé deux sponsors mayennais depuis son triplé en 2014 a dores et déjà rempli son contrat en sadjugeant la médaille dor en keirin.
De quoi aborder avec sérénité léchéance primordiale des JO 2016, seule consécration qui manque à son vertigineux palmarès. Lors de sa seule participation olympique, à Athènes, en 2004, François Pervis avait terminé sixième du kilomètre. « Jattends Rio tranquillement. La piste est avant tout un sport olympique. Cest limage de notre sport », reconnaît-il. Cerise sur le gâteau, cinq ans après la fin de son contrat avec Cofidis, François Pervis retrouvera dès la fin des Mondiaux une équipe professionnelle celle de larmée de terre, qui vient dobtenir le label continental.
Il aura fallu un triplé inédit en individuel, lors des championnats du monde 2014 de cyclisme sur piste de Cali (Colombie), pour que François Pervis goûte enfin à la lumière. Les projecteurs sont désormais braqués sur lui.
Dans lenceinte du nouveau Vélodrome national de Saint-Quentin-en-Yvelines, le discret champion na pas déçu en conservant, jeudi 19 février, le premier de ses trois titres mondiaux dans lépreuve du keirin. « Je me suis dit : Tu es lhomme le plus rapide du monde. Tu ne crains personne », a réagi François Pervis au sortir de sa finale remportée face au Néo-Zélandais Edward Dawkins. Et de poursuivre : « Je savoure, mes Mondiaux [qui se déroulent jusquau dimanche 22 février] sont déjà réussis. Gagner le titre en France, ça narrive quune fois dans la vie. »
Le pistard français a récidivé, vendredi 20 février, en enlevant pour la troisième fois le titre du kilomètre dans les championnats du monde de cyclisme sur piste
A 30 ans, malgré huit médailles dargent et de bronze et une médaille dor en 2013, il aura donc fallu au Mayennais un exploit jamais accompli jusqualors pour sortir de lanonymat. Remporter lors de la même compétition (en 2014) les épreuves du kilomètre, de keirin et de la vitesse individuelle.
« Même les multiples médaillés olympiques et mondiaux Florian Rousseau et Chris Hoy ne lont pas fait. Seul Arnaud Tournant avait remporté trois titres à Anvers en 2001, mais en comptant la vitesse par équipes », souligne lancien champion du monde Laurent Gané, aujourdhui entraîneur de léquipe de France de vitesse. Pour Vincent Jacquet, directeur technique national (DTN), 2014 était bien lannée François Pervis : « Cest un vrai bosseur. Il est explosif et puissant. On ne lentend pas beaucoup, mais quand il parle ses paroles portent. Cest important que le grand public lait découvert grâce à ce triplé mondial. »
Face à lomniprésence du cyclisme sur route et de sa célèbre vitrine, le Tour de France, la piste est une discipline qui noffre de véritable reconnaissance quà travers ce genre dexploit. Dans ce sport peu médiatisé, François Pervis sait bien quune légende se bâtit patiemment et uniquement à coups de victoires. « On sera toujours derrière la route en termes de médiatisation. Cest à nous dintéresser les médias à la piste », admet François Pervis, détenteur depuis décembre 2013 des records du monde du 200 m (9 s 347) lancé et du kilomètre (56 s 303).
Mais cette lucidité nempêche pas les coups de gueule. En 2014, cest le routier Jean-Christophe Péraud, « seulement » deuxième du Tour de France, qui a reçu la récompense du Vélo dor français remise par un jury de journalistes spécialisés. Malgré son triplé, François Pervis nest que troisième du classement : « Tu rentres trois fois dans lhistoire de ton sport et tu nes pas reconnu à ta juste valeur. Cest triste, mais nous, les pistards, nous sommes habitués à cela. »
Il faut dire que les écueils nont pas manqué dans la carrière de la nouvelle star de léquipe de France. En 2011, Le Monde donnait la parole à celui qui pointait à Pôle emploi après avoir pourtant décroché une énième médaille lors des Mondiaux organisés aux Pays-Bas. Léquipe de cyclisme Cofidis venait juste de supprimer sa section piste, faisant de la France le seul pays de tradition du cyclisme sur piste à ne plus posséder déquipe professionnelle. « Avec lescrime, nous sommes le sport qui ramène le plus de médailles. Je trouve ce manque de médiatisation aberrant », regrettait déjà François Pervis.
Lannée daprès, une nouvelle désillusion laccable lorsquil apprend quil nest pas retenu pour participer aux Jeux olympiques de Londres. « Cela ma fait beaucoup de mal. Jai dû me remettre en cause. Jai pensé à ma mère, qui est à lusine depuis trente-cinq ans en étant payée au smic, et jai pris conscience de ma chance de faire du sport et de voyager », raconte-t-il.
Dès lors, grâce à un gros travail psychologique et de gestion du stress, le sportif torturé entame sa mue. « Jai eu des problèmes physiques mais je me mettais trop de barrières, de limites. La chose la plus dure en sport est davoir confiance en soi », juge le désormais quintuple champion du monde. Pour cela, il fait appel à un préparateur mental, Denis Troch, et à un chercheur en psychologie dont il tient à préserver lanonymat. « Avec le premier, je travaille sur moi et les rapports à mon sport. Avec le deuxième, cela porte sur la course, ce que je dois penser ou pas », confie-t-il.
« Un sportif meurtri »
Le spécialiste de la préparation mentale Denis Troch raconte cette collaboration : « Après la déception de Londres, jai rencontré un homme et un sportif meurtri qui voulait mieux se connaître afin daborder plus sereinement les compétitions à venir. Avec François, le travail a consisté à éviter quil se compare aux autres, à faire en sorte quil se recentre sur lui-même et sur ses capacités hors norme. »
Et lancien entraîneur de football il a notamment été ladjoint dArtur Jorge au PSG livre un épisode éclairant qui sest déroulé en Colombie, avant que François Pervis ne parvienne à réaliser son triplé inédit : « Après avoir remporté deux médailles dor en 48 heures, il mappelle, me dit quil est fatigué, que personne na jamais réussi à décrocher trois fois lor en individuel, que cest impossible. Pour le faire réagir, je lui dis : Très bien, soit tu rentres à la maison, soit tu oublies notre travail. Et si tu réussis cet exploit, tu sauras que tu ne le dois quà toi. »
Libéré, François Pervis nhésite pas à achever sa mutation avec des séjours estivaux au Japon, la Mecque du keirin. Cette discipline inventée en 1948 par les Japonais emballe les foules et génère toute une économie grâce aux nombreux paris. « Jai appliqué au Japon ce que jai appris. Jai tout relativisé. Jai testé des choses et jai par exemple complètement changé mon protocole déchauffement », dit François Pervis.
Au Japon, le cycliste étranger doit se débrouiller seul, et ce malgré les rudes conditions dentraînement (pistes plus longues, vélo en acier, vélodromes exposés au vent) et la barrière de la langue. Cette expérience renforce sa récente confiance en lui. « Quand tu te débrouilles par tes propres moyens, cela te rend meilleur. Lorsque je reviens ici, sur une piste couverte et chauffée, avec mon vélo en carbone, jai limpression de voler ! Sans le Japon, il ny aurait pas de François Pervis », lance même, reconnaissant, le champion, qui a remporté 62 des 100 sprints auxquels il a participé au Japon.
Objectif Rio en 2016
Sur la piste aux normes olympiques du vélodrome national, centre dentraînement de léquipe de France et siège de la Fédération française de cyclisme, François Pervis était forcément attendu. Malgré une lourde chute le 17 janvier lors de lépreuve de Coupe du monde de Cali et une fin dannée 2014 perturbée par une succession de soucis médicaux (rhume, bronchite, et une infection due à un poil incarné), il assume pour le moment, sans coup férir son nouveau statut.
Satisfait de la cicatrisation de sa blessure, débarrassé de toute pression, le Français se montrait optimiste à trois semaines du début des Mondiaux en France, pensant pouvoir viser « sans soucis le podium ». Celui qui a enfin trouvé deux sponsors mayennais depuis son triplé en 2014 a dores et déjà rempli son contrat en sadjugeant la médaille dor en keirin.
De quoi aborder avec sérénité léchéance primordiale des JO 2016, seule consécration qui manque à son vertigineux palmarès. Lors de sa seule participation olympique, à Athènes, en 2004, François Pervis avait terminé sixième du kilomètre. « Jattends Rio tranquillement. La piste est avant tout un sport olympique. Cest limage de notre sport », reconnaît-il. Cerise sur le gâteau, cinq ans après la fin de son contrat avec Cofidis, François Pervis retrouvera dès la fin des Mondiaux une équipe professionnelle celle de larmée de terre, qui vient dobtenir le label continental.
François Pervis persiste
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